Photographies animalières de faune sauvage (oiseaux, passereaux, mammifères...), d’environnement et de paysages et détails de nature préservée, réalisées en 24x36 et en panoramique (argentique et numérique) dans de nombreux pays (France, Finlande, Suède, Norvège, Islande, Danemark, Pologne...).
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Photographe de nature

[8 janvier 2009] Element

Le devenir d’une quête…

Sur le sol fangeux, les grands tapis de feuilles inexorablement se décomposent. Si loin déjà s’en sont allées nos réjouissances éprouvées devant l’exubérance de la belle saison. Nous plongeons, comme aspirés, dans l’attente et observons avec attention les lentes métamorphoses qui entraînent vers les subtiles révélations. Le moment est venu où la nature invite le photographe à un intermède offert à la réflexion, au recentrement, aux rencontres.

La photographie de nature prend son essor. Se multiplient au fil des ans festivals et concours qui prennent toujours un peu plus d’ampleur. Les idées circulent et les nombreux échanges amènent sans cesse les uns et les autres à vouloir se distinguer, à vouloir faire preuve de plus d’imagination, à vouloir trouver d’autres moyens... Le temps où l’intention consistait à mettre en boîte "tel quel" ce qui était sous nos yeux est bien révolu. L’image se tourne vers une nouvelle écriture, se porte vers davantage de messages et de ressenti.

Voilà qu’après s’être longtemps axés sur tout ce qui pouvait flatter nos lourdes idées préconçues de la nature et sur la recherche de sujets spectaculaires en tous genres, nos regards peu à peu s’abaissent, comme fatigués par trop d’attention fixement pointée, pour venir s’égarer sur les pas que nous avons laissés là, sur les cailloux alentour, sur les brindilles et sur tout ce qui était pour nous jusqu’alors tellement insignifiant. Notre esprit se relâche et se laisse aller à percevoir comme une respiration profonde. Nous commençons à ressentir plus qu’à voir. D’un coup c’est comme si nous prenions conscience que la magie du monde n’était peut-être pas si lointaine, que le spectaculaire n’était finalement pas unique.

Nous nous appliquons dès lors à porter tout notre savoir faire en cet univers nouvellement perçu, maniant avec adresse, et ce malgré une certaine contradiction en regard des convictions desquelles nous prétendons être les messagers, les technologies issues d’un monde si étranger à celui où notre œil s’est évanoui.

Mais il est des grands vents qui agitent les êtres et les esprits, et ce qui était pour nous jusqu’alors un souffle issu des plus nobles exigences, subrepticement nous pousse sur le seuil de la tourmente.

Ainsi, ces cailloux, ces brindilles et toutes ces petites vies discrètes que nous examinons, que nous essayons de comprendre, que nous nous efforçons de voir d’une façon nouvelle, soudainement par le grand tourbillon de la frénésie photographique se trouvent emportés, lorsque, gênés par trop de liberté peut-être, d’un geste que nous percevons comme anodin, nous brisons la courbure d’un lent et laborieux mouvement végétal ou dictons la sinistre destinée d’une vive petite boule de poils devenue simple appât… Dédain oh combien abrupt des valeurs primordiales, qui fait que nous-mêmes sommes emportés sur des chemins dont nous n’avons plus conscience ! Nous pensions avancer, mais de notre quête de nature préservée peu à peu nous oublions le sens...

Bien loin de l’ordre naturel des êtres et des choses, une autre métamorphose s’est opérée : celle où le photographe, hier empli de nature, aujourd’hui lui inflige sa présence ; celle qui fait que le poète messager lentement se désagrège, se décompose.

Au même titre que le questionnement fondateur qui pousse tout créateur à se demander si son œuvre est là pour servir un idéal ou pour servir les intérêts capricieux d’autrui, l’on est aujourd’hui en droit de se demander si l’acte photographique est au service d’une démarche ou d’un ego bâti de démesure ?

Le temps est venu pour le photographe épris de nature de faire silence et de se demander…

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© Christophe SIDAMON-PESSON - reproduction interdite
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