Photographies animalières de faune sauvage (oiseaux, passereaux, mammifères...), d’environnement et de paysages et détails de nature préservée, réalisées en 24x36 et en panoramique (argentique et numérique) dans de nombreux pays (France, Finlande, Suède, Norvège, Islande, Danemark, Pologne...).
Bandeau
<span style='text-transform: uppercase;'>A propos</span> Element Element Element Element
Flash

Crédit photo :

David ALLEMAND
Gaëtan DELALOYE
Christophe SIDAMON-PESSON
Christian SIMON
Laurence TERRAS

Une interview

Réalisée par Naturapics

Pour lire l’interview sur le site de Naturapics, rendez-vous ici.

Naturapics : Bonjour Christophe ! Pourrais-tu te présenter en quelques phrases, en nous expliquant entre autres tes liens avec la photographie nature ?

Christophe : J’ai été en contact avec la nature depuis que je suis tout petit. Je ne faisais alors pas de photos mais je réalisais de nombreux dessins (crayon, aquarelle, huile...), représentant la plupart du temps des scènes de nature. Etant aussi tout petit, un intérêt marqué s’est porté sur les appareils comportant un certain degré de technique. Cette envie de manipuler un outil perfectionné associée à un besoin de m’exprimer à travers la nature de façon artistique m’a conduit très tôt à la photo de nature, une autre façon pour moi de "peindre" ce que je contemplais. Désormais cette technicité m’attire un peu moins (bien que je l’apprécie tout de même encore beaucoup), au profit d’une approche "philosophique" de la nature que j’essaie de développer, approche qui va bien souvent à l’encontre de cette technique qui évolue de plus en plus vite, qui s’emballe même, et qui à mon sens est l’un des facteurs ayant tendance à nous éloigner de plus en plus, de par les conséquences qu’elle produit sur notre environnement et nos consciences, de la nature et du rapport que l’on avait avec elle jusqu’alors.

Naturapics : Alors, c’est sûrement difficile à dire pour un photographe qui aborde tant de thèmes, mais quels sont tes sujets de prédilection, et surtout pour quelles raisons ?

Christophe : Je suis particulièrement attiré par les oiseaux, bien plus que par les mammifères par exemple, peut-être parce que les oiseaux sont plus différents de nous que ne le sont les mammifères. Cet éloignement me donne d’avantage envie de m’y intéresser et d’être en contact avec eux, voir de tenter d’établir une communication. Mais disons que mon intérêt se porte, d’une façon plus large, à travers de nombreux sujets (paysages, détails...), sur la nature sauvage, la nature où l’homme n’a pas laissé trop de son empreinte, la nature qui peut nous faire peur et nous impressionner, nous dominer, la nature où l’homme retrouve sa petite place d’être parmi les autres êtres.

Naturapics : Parle nous un peu du Queyras. Quelle est la situation de la biodiversité et quels sont les spots photographiques (et espèces à photographier) à voir absolument lors d’un voyage dans ce magnifique coin ?

Christophe : Le queyras est une sorte d’îlot de nature relativement préservée où vivent de nombreuses espèces assez prestigieuses aux yeux des photographes (Aigle royal, Chouettes et Hiboux, Tichodrome échelette, Merle de roche...). Des mammifères aussi avec le très discret Lynx, et le loup qui a fait son retour voilà quelques années et qui est désormais bien présent. Autour du Mont Viso, sommet italien frontalier haut de 3841m, le climat est assez particulier (humidité) et certaines des espèces qu’on y rencontre sont endémiques, comme la Salamandre de Lanza (noire). Bien que relativement préservé, le Queyras n’en est pas moins en danger. Comme dans beaucoup d’endroits, bon nombre d’espèces autrefois très présentes sont en diminution. Je pense notamment aux papillons que je voyais en quantité lorsque j’étais petit et qui sont bien moins nombreux maintenant. Mais le danger le plus important je pense est la volonté affirmée de certaines personnes porteuses de responsabilités de vouloir "développer", développer encore et toujours plus, au détriment bien évidemment de la nature que je vois d’année en année et de plus en plus rapidement artificialisée.

Naturapics : Un nombre important de tes images est présent (notamment) sur les sites d’associations de protection de la nature (lpo, fne). Donner tes images est-il (comme d’autres font des dons monétaires) une manière "utile" de participer à la sensibilisation du grand public ? Justement, comment se passe cette relation avec ces associations ? As-tu un stock particulier de photographies destinées à la publication ?

Christophe : Comme photographe de nature, mon but premier n’est pas de faire de l’argent (même s’il le faut aussi) mais de faire passer des messages sensibilisateurs. Notre société est une société de consommation, consommation d’objets mais aussi consommation de nature. Or la nature ne peut se consommer, elle se vit ! Bon nombre d’associations font de grands efforts en ce sens : celui de faire comprendre que notre rapport à la nature doit changer. Mes images servent une cause, et je les mets à la disposition des associations avec lesquelles je suis en contact, gracieusement selon l’utilisation envisagée. Je considère que cela fait aussi partie de mon travail.

Naturapics : Quels sont les conseils que tu pourrais donner à celles et ceux qui veulent réaliser des travaux photographiques en montagne (horaires, matériel...) ?

Christophe : L’approche en montagne est bien différente de l’approche en plaine, du fait de la pente. Le temps ne se compte pas de la même façon. Pour une simple photo de paysage prise au lever du soleil sur les crêtes ou à un sommet, il faudra compter environ 24h. Etant donné qu’il faut être présent sur place très tôt le matin, le plus simple est de dormir sur place, et donc de partir la veille. En comptant parfois 5-6h de marche pour atteindre le but, il ne faut pas partir trop tard l’après-midi. Le lendemain matin, pour peu qu’il y ait un petit nuage à l’horizon devant le soleil qui se lève, la lumière chaude que le photographe aura espéré sera absente et il sera obligé de tout recommencer, à moins qu’il n’ait prévu de partir non pas 24h mais 48h... ou plus ! Pour les sujets animaliers qui bien souvent se photographient le matin, il faut là aussi tenir compte de la longue approche. Lors des bivouacs que j’ai effectués pour réaliser des photos de paysages au lever du jour, il m’est bien souvent arrivé d’avoir sur le dos un sac de plus de 30kg. Difficile lorsque l’on a à grimper plus de 1000 m de dénivelé ! Il est donc important d’alléger au maximum le matériel photo en n’emportant rien de superflu, mais si l’on tient à des résultats de qualité, il convient d’emporter du matériel de qualité, qui est souvent relativement lourd. A chacun de voir donc selon sa condition physique !

Naturapics : Peux-tu nous "raconter" un de tes clichés ?

Christophe : Beaucoup d’images sont associées à des histoires assez extraordinaires, mais le cliché qui reste pour moi le plus mémorable est un cliché qui commence maintenant à dater, et qui est devenu au fil du temps le représentant de mon travail : le Grand Corbeau en vol lançant son cri rauque et dont les ailes à contre jour reflètent le soleil. C’est une image qui, comme c’est souvent le cas, a été longuement pensée et attendue, avant qu’elle ne se réalise finalement. Le grand Corbeau est un oiseau que je trouve assez différent des autres, de par son comportement et son attitude hors normes. Il a été aussi porteur de nombreuses symboliques par le passé, c’est un messager qui vient nous porter les nouvelles d’un autre monde, et c’est pour moi le messager du monde sauvage. Une petite anecdote liée à cette image : un matin, alors que je rentrais dans mon affût, je me suis aperçu que celui-ci était quelque peu déconstruit et déchiré. En y regardant de près, de nombreux petits poils étaient disséminés de ci de là sur la toile. J’ai appris plus tard, après analyse, qu’il s’agissait de poils de Lynx. Un Lynx était donc rentré durant mon absence à l’intérieur de mon affût à Grand Corbeau !

Naturapics : Merci Christophe pour avoir répondu à nos questions. Un dernier petit mot ?

Christophe : Au risque de me répéter, je pense qu’il est impératif pour le photographe de nature que je suis de souligner l’état de détresse dans lequel est désormais ce si beau monde sauvage. La société dans laquelle on vit nous éloigne chaque jour un peu plus des valeurs fondatrices de l’existence et de la vie elle-même. La nature est là pour nous aider à nous situer et à nous faire progresser dans bien des domaines. Sans elle nous ne serions plus rien, nous le savons tous et pourtant nous restons là égoïstes, ne pensons qu’à nos intérêts à court terme, et même encore moins que cela parfois ! La nature de part sa dimension et sa force nous apprend, s’y l’on daigne y prêter attention, ce qu’est la différence et le respect, nous ouvre les yeux sur ce dont la société a le plus besoin si elle veut perdurer. Pourtant nous continuons à massacrer. De la forêt primaire restée intouchée depuis la nuit des temps, que l’on tronçonne en deux temps trois mouvements, au petit scarabée inconscient du danger qui passé par là nous dérange dans notre "chez soi" et que l’on écrase avec satisfaction du pied dans un désir de propreté, un même constat : terrifiante est la fracture entre homme et nature ! Entrouvrir les fenêtres de ce si beau royaume aux parfums de conscience à la masse croissante des regards aveugles, c’est le défi passionnant que s’est fixé le photographe amoureux de nature qui se veut, tel le Grand Corbeau "messager", être l’émissaire du vieux royaume déchu.

Element 1 | 2 | 3 | 4 Element

Infos Page imprimable
Haut Bas
© Christophe SIDAMON-PESSON - reproduction interdite
Navigation