Voilà qu’après s’être longtemps axés sur tout ce qui pouvait flatter nos lourdes idées préconçues de la nature et sur la recherche de sujets spectaculaires en tous genres, nos regards peu à peu s’abaissent, comme fatigués par trop d’attention fixement pointée, pour venir s’égarer sur les pas que nous avons laissés là, sur les cailloux alentour, sur les brindilles et sur tout ce qui était pour nous jusqu’alors tellement insignifiant. Notre esprit se relâche et se laisse aller à percevoir comme une respiration profonde. Nous commençons à ressentir plus qu’à voir. D’un coup c’est comme si nous prenions conscience que la magie du monde n’était peut-être pas si lointaine, que le spectaculaire n’était finalement pas unique.

Ainsi, ces cailloux, ces brindilles et toutes ces petites vies discrètes que nous examinons, que nous essayons de comprendre, que nous nous efforçons de voir d’une façon nouvelle, soudainement par le grand tourbillon de la frénésie photographique se trouvent emportés, lorsque, gênés par trop de liberté peut-être, d’un geste que nous percevons comme anodin, nous brisons la courbure d’un lent et laborieux mouvement végétal ou dictons la sinistre destinée d’une vive petite boule de poils devenue simple appât… Dédain ô combien abrupt des valeurs primordiales, qui fait que nous-mêmes sommes emportés sur des chemins dont nous n’avons plus conscience ! Nous pensions avancer, mais de notre quête de nature préservée peu à peu nous oublions le sens…