Eprouvant ce besoin irrépressible de respirer d’autres senteurs que celles de l’espace confiné dans lequel nous nous sommes enfermés, j’ai décidé de dormir dehors, avec les étoiles pour veilleuses, les vents pour berceuses, et quelques flocons échoués sur mes joues, venus raviver de leurs enthousiastes chatouilles mes appétences primordiales.
Les souffles cinglants de l’hiver ont pris possession de la forêt environnante et des pics acérés qui dominent la vallée. Tandis que les hivernants se divertissent, s’amusant à voir folâtrer leurs semblables au travers de leur masque de ski ou derrière les épais vitrages qui les maintiennent à l’abri du froid mordant, hurlent les loups que seuls écoutent quelques chevreuils aux aguets.
Dans les replis de l’immensité qui me fait face, mon esprit se met à dessiner un chemin pour demain. Là-haut, j’irai trouver ce qui s’est esquivé ici-bas. J’irai goûter à l’air qu’ont respiré les bêtes sauvages, à la précarité florissante d’une existence soumise aux lois d’une nature libre et spontanée.

Extrait de l’article “Ermite en hiver” – décembre 2013