Est-ce de son long passé d’isolement que ce pays de hautes vallées et de villages hauts perchés tient ce caractère de monde intact, préservé, venu d’un autre temps et qui lui a valu d’être l’un des premiers parcs régionaux de France ? Aujourd’hui encore l’unique accès par les gorges périlleuses de la combe du Guil frappe le voyageur comme il terrifiait celui d’autrefois. Après l’effroi, on pénètre dans la lumière intense de hautes montagnes, Font Sancte enneigée, mont Viso, sentinelle de pierre au-dessus du lac Lestio, de vastes alpages, de villages de bergers les plus hauts d’Europe. Ce lieu, loin de toute civilisation, convient bien à la quête d’une nature intouchée. Mais c’est aussi un monde qui se mérite.(…) Le photographe, dans la montée souvent longue et raide, est confronté à lui-même. Il cherche sa place dans ce monde sauvage dont, en tant qu’animal, il fait partie. Il se sent relié aux êtres différents, au mammifère, à l’oiseau, mais aussi à l’herbe, à la pierre la plus modeste de ce grand tout. Il accueille un monde donné, non dominé, ni domestiqué, ni utilisé, peut-être en perdition par la cupidité des hommes, dont il est le témoin privilégié, et qui se révèle à lui, furtivement ; comme le sacré, et dont il rapportera, pour en parler aux autres, quelques traces dans son lourd boîtier.

Extrait d’un article pour Asferico (2004)